L’accroissement considérable des gains de productivité trouve sa raison d’être dans la diminution du temps de travail. À quoi bon améliorer l’efficacité productive si ce n’est pour émanciper l’homme des tâches ingrates de la production marchande. Ce mouvement traverse l’histoire de l’humanité et depuis un siècle nous sommes passés de 7 jours de travail sur 7, à 6 jours sur 7 et maintenant 5 jours sur sept. En un siècle, nous avons diminué le temps de travail par deux. Il faut aujourd’hui passer en dessous du plancher des 40h par semaine sous peine de voir le chômage de masse ruiner toute la société. Alors que 90% de la population active est aujourd’hui salariée, la division du travail s’est imposée comme modèle d’organisation, il faut continuer.“la semaine de 4 jours a déjà été testée sur plus de 400 entreprises françaises”
Le passage aux 35h est l’objet de mécontentement principalement pour n’avoir pas été accompagnée d’une obligation d’embauche. Beaucoup d’employeurs se sont empressés de faire exécuter en 35h à leurs salariés ce qu’ils faisaient en 40h, en utilisant, au besoin, le contingent d’heures supplémentaires que la loi accordait. À cela nous pouvons ajouter les moyens insuffisants déployés, par exemple, dans les hôpitaux et les 40% de salariés français qui n’ont jamais eu accès aux 35h. Les RTT se sont malgré tout accompagnées de la plus forte période de création d’emplois que notre pays est connu, mais malgré tout insuffisante pour résorber le chômage.
Il faut passer à la semaine de 4 jours avec obligation d’embauche et supprimer les heures supplémentaires pour avoir une chance de rééquilibrer le marché du travail. N’en déplaise à la droite qui n’a cessé de calomnier les 35h (le gel des salaires a commencé bien avant les 35 heures et dans tous les pays) et déclare continuellement que « le travail ne se partage pas », la semaine de 4 jours a déjà été testée sur plus de 400 entreprises françaises avec la loi de Robien en 1993 et cela a parfaitement fonctionné. Qu’elles soient PME, PMI ou grand groupe, la majorité d’entre elles ont embauché et gagné en compétitivité. Le passage à la semaine de 4 jours s’est traduit par un regain de motivation de la part des salariés, une baisse de l’absentéisme et une amélioration de la production.
“Pour lutter contre le chômage, il faut réduire significativement la durée du travail.”
Voilà ce que disait à l’époque Antoine Riboud, le P.D.G. de B.S.N.-Danone, que l’on ne peut accuser d’être philanthrope : « Pour lutter contre le chômage, il faut réduire significativement la durée du travail. Car, si vous la réduisez de quelques heures, la productivité absorbera la diminution des horaires. Il faut avoir la volonté de descendre à 32 heures, soit quatre jours par semaine. Cela nécessitera toute une nouvelle organisation du travail, et obligera toutes les industries et services à embaucher fortement ». Une étude de l’Insee a démontré que le passage à la semaine de 4 jours peut créer 1,6 à 2 millions d’emplois. Et c’est sans compter sur l’impact du pouvoir d’achat retrouvé de ces millions de salariés sortis du chômage ainsi que sur le développement des activités autour du temps libre, économie de l’avenir.
En Suède, Volvo a réduit de 20% le temps de travail en 2009 et préservé près de 600 emplois. L’Allemagne a mis en place le dispositif appelé « kurzarbeit » qui a consisté à réduire le temps de travail en moyenne de 35% dans les entreprises menacées par la crise.
Le taux de chômage germanique a monté six fois moins vite qu’en France. En 2008, alors que la crise était plus profonde outre-Rhin (-5% du PIB) qu’en France (-2,3% du PIB), l’Allemagne a perdu 200 000 emplois quand nous en perdions plus d’un million.
Alors, pourquoi ne passe-t’on pas à la semaine de 4 jours ? Et bien justement parce que cela priverait les entreprises de l’armée de réserve où elles se fournissent en personnel surqualifié et sous-rémunéré. Rééquilibrer le marché du travail, c’est rééquilibrer le rapport de force dans les négociations salariales. Le chômage de masse est bien l’instrument de la déflation salariale. La relance du débat sur le temps de travail est donc une priorité.
Pas d’alternative au partage du travail
De nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui dans ce sens. En Grande-Bretagne, la New Economics Foundation (NEF) propose une semaine de travail plus courte. Son objectif est d’arriver à 21 heures pour faire face à trois crises majeures du XXIe siècle : le chômage du fait de la crise, la menace du changement climatique (réduire notre consommation de produits gourmands en énergie) et les inégalités socio-économiques (une vie plus satisfaisante en répartissant plus équitablement les activités rémunérées et non rémunérées au sein de la population).
“Dans notre pays, dix-sept États ont déjà mis en place un système de partage du travail.”
Aux Etats-Unis, Dean Baker, le codirecteur du Center for
Economic and Policy Research à Washington qui
sept mois avant la chute de Lehman
Brothers avait prédit une violente récession, la « plus féroce depuis la
Seconde Guerre », s’exprime en ces termes : « le principe est tellement simple
que même un économiste peut le comprendre. Au lieu de payer les gens à ne rien
faire — sous forme d’indemnité chômage — on leur permet de conserver leur poste
en travaillant moins […] Si l’on pouvait réduire de 10 %
seulement le taux de perte d’emploi, cela
équivaudrait à créer
200 000 postes par mois, soit
2,4 millions par an. Ce qui nous ramènerait
au plein emploi (soit un taux de chômage « incompressible de 4 %) en deux ans, et non cinq selon les projections actuelles. Le partage du
travail présente d’autres avantages potentiels. La réduction du
temps de travail pourrait donner aux entreprises l’occasion d’adopter des pratiques plus favorables
à la famille. Tout cela serait
aussi bénéfique pour l’environnement.[…] Supposons que tout le monde ne travail
que quatre jours par semaine : le nombre de trajets entre le domicile et le lieu de travail
serait réduit de 20 %, ce qui ferait baisser de façon
substantielle les émissions de gaz à e et de serre générée par les transports.[…] Dans notre
pays, dix-sept États ont déjà mis en place un système de partage du travail. Des projets de lois ont été déposés à la Chambre
des représentants et au Sénat pour renforcer ces programmes et inciter les autres États à
s’en inspirer. Si le Congrès veut sérieusement lutter contre le chômage, il adoptera ces
textes ».
On ne peut conclure sans nommer Ronald Janssen, économiste à la Confédération européenne des syndicats qui soutenu par son organisation
presse l’Europe d’engager les réformes pour l’économie verte, la lutte contre le dumping
fiscal et social et… le partage du travail.
en complément vous pouvez vous référer aux ouvrages de Pierre Larrouturou
RépondreSupprimerpar exemple :
Crise, la solution interdite de Pierre Larrouturou
http://dominiqueguizien.wordpress.com/2011/02/18/lectures-au-coin-du-feu-n%C2%B04-%C2%AB-crise-la-solution-interdite-%C2%BB-de-pierre-larrouturou/