Écologie

La mutation écologique

Si le chômage continue à détruire notre cohésion sociale, la crise écologique qui frappe à nos portes pourrait bien tout emporter. Jamais nous n’avons été confrontés à tel péril. Faire du catastrophisme n’arrange rien, il faut réagir au plus vite. Les sonnettes d’alarme résonnent depuis longtemps, mais les réactions sont timides ou tout au moins insuffisantes. Ce n’est pas seulement un problème de responsabilisation personnelle. La stratégie des petits gestes ne peut inverser le cours des choses. Chacun de nous butte sur la logique d’un système animé par une vision à court terme, celle de ses taux de rentabilité, pour ne pas dire son absence de projet.

Ce sont donc les grands choix industriels de demain qui pourront apporter une réponse à la crise écologique.”

Les entreprises sont responsables à 50% du réchauffement climatique, le reste étant dû aux particuliers. Mais ce sont les entreprises qui induisent nos comportements de consommation et mettent à notre disposition (ou pas) l’offre écologique et responsable sur le marché. Elles dépensent des milliards en publicité pour accélérer le cycle de consommation (de 230 milliards selon le AD Barometer à 1000 milliards selon Patrick Viveret de la Cour des comptes dont l’impact marketing est décisif sur le consommateur). L’objectif de la mode et du marketing est de façonner et développer des besoins rentables, en accélérant l’obsolescence et en individualisant le plus possible l’acte de consommation. Les services publics et collectifs sont découragés et éliminés progressivement (ex : transports, démarches associatives…). Acheter des produits « écologiquement responsables » reste souvent un luxe réservé aux catégories aisées de la population.

Ce sont donc les grands choix industriels de demain qui pourront apporter une réponse à la crise écologique. L’Etat doit les piloter pour qu’ils ne soient pas dévoyés par une concurrence privée hostile à toute compression de ses marges bénéficiaires. Car cette transformation aura un coût. Sir Nicholas Stern, directeur du budget et des finances publics du Trésor britannique a rendu public un rapport évaluant les coûts du seul changement climatique à 5 500 milliards d’euros d’ici 2050. Et le coût humain et social sera tellement plus élevé si nous ne faisons rien.

• La France doit prendre ses responsabilités et investir dans les énergies renouvelables pour sortir progressivement du tout nucléaire qui a été imposé sans aucune consultation démocratique de la population.
• L’Etat doit aussi investir massivement dans le logement social (900 000 logements manquants) et le diagnostic thermique des bâtiments existants pour favoriser les économies d’énergies relatives aux normes basse consommation.

Les transports doivent êtres aussi rationalisés de toute urgence afin qu’une alternative crédible soit proposée à l’automobile et aux transports routiers, qui représentent à eux seuls environ 30% de l’émission de gaz à effet de serre.

Kalundborg, véritable réussite d’un écosystème industriel autour d’un bassin de vie avec recyclage des déchets”

Investir dans les énergies renouvelables et le logement reste encore insuffisant. Engager une mutation de notre tissu industriel et des modèles de consommation passe par la révision de nos outils de production pour modifier un modèle économique basé sur la surconsommation et le gaspillage incompatible avec le développement durable.

La démarche consiste à organiser sur le territoire national des pôles industriels écologiques de production comme au Danemark à Kalundborg, véritable réussite d’un écosystème industriel autour d’un bassin de vie avec recyclage des déchets, des matières premières et des énergies. En privilégiant les circuits courts, en relocalisant une partie de la production agricole sur le principe des filières de l’agriculture biologique et en portant un effort soutenu à la recherche et au développement, nous pourrons diminuer notre dépendance au prix des matières premières et échapper aux pénuries à venir. Autrement dit, l’avenir est dans la coopération des différents secteurs de la vie économique. À la vision « sommaire » de la concurrence doit se substituer une complémentarité de ressources industrielles, de savoir-faire, d’intérêts commun. L’entreprise n’est plus la seule chose de son propriétaire. Elle est partenaire de la « Cité », son capital « appartient au territoire ». Mutation écologique et transformation économique et sociale sont indissociables.

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